Ma chère fille,

Toi qui n’a jamais eu de goût particulier pour les spectacles de théâtre et qui, en même temps, aspire à des oeuvres originales, je te conseille de voir la mise en scène de “A toi pour toujours, ta Marie-Lou”. Cette une pièce très différente qui, j’espère te plaira et conviendra à tes goûts si difficiles. Tu verras, ce spectacle sera original de plusieurs point de vues.

Considère d’abord que c’est une pièce dans laquelle deux époques différentes s’entrecoupent. On assiste simultanément a deux dialogues entre deux générations, les parents en 1961 et les filles dix ans plus tard. Ce vieil alcoolique par son travail presque aliène et sa femme, mécontente et pourtant passive. Suite a l’accident de leurs parents, les filles ont muri dans deux voies différentes avec deux personnalités pratiquement opposées. Chaque caractère est explicitement animé dans la pièce par le support de costumes, de gestes, de l’intonation… Bref, les acteurs ont mis du leur pour rendre ces personnages d’autant plus vivants sous les yeux du spectateur. Tentative plutôt réussi d’ailleurs, avec la violence du père qui parviendra màme a te faire sursauter à certains moments par la force de sa colère et la faiblesse de la soeur Manon qui n’a su se détacher d’une image pitoyable d’elle-même. Cette ambiance de famille plutôt modeste est également réussie par les costumes. Réalistes et très caractéristique des personnages: bottes de cow-boy, veste en cuir clair avec de longs filaments pour faire effet “western” chez la soeur Carmen; salopette et chemise a carreaux, sans oublier la grosse barbe chez le père de famille, costume sobre, noir et ample pour Manon et les habits de ta grand-mère pour Marie-Louise, la mère. Des costumes clichés et stéréotypes mais parfaits pour le rôle de ces personnages. Comme quoi il en faut bien peu pour faire ressortir cet aspect du théâtre.

Autre élement remarquable de cette représentation serait certainement l’immobilité des personnages. Et oui ma chérie, les acteurs ne bougent pas dans cette pièce et restent à leur place tout le long. Bien sur, ils font quand même quelques gestes qui s’harmonisent avec ce qu’ils disent mais on ne peut pas dire que ce soit un spectacle aussi animé que les Broad-ways qu’on avait vu auparavant. C’est étonnant d’ailleurs de voir que les acteurs restent immobiles, peut-être même perturbant. On s’attend pendant un long moment à ce qu’ils bougent ou qu’ils se déplacent, mais non. Rien. J’imagine qu’ils n’ont pas voulu qu’on place une attention particulière sur cet aspect-là. Pourquoi d’ailleurs ne bougent-ils pas? Concrétisation de la passivité de chaque personnage, de leur refus de changer d’identité, d’évoluer? Que sais-je encore… tu me diras ce que t’en penses une fois que tu l’auras vu. Toujours est-il que c’est un élément simple qui semble donner toute une ambiance à la pièce, introuvable avec de quelconques déplacements comme d’autres pièces classiques. Tu penseras peut-être que la représentation se trouve ainsi très monotone, avec des acteurs qui ne font que réciter leur texte ? Mais c’est loin d’en être le cas. On reste accroché du début à la fin par la force de ce que disent les personnages, l’histoire elle-même, les échanges de répliques qui traversent sans ordre distinctif… Les éléments sont là pour attirer l’attention face à ce manque au niveau des gestes.

Le texte rétrospectif qui couvre tout le long de la pièce indique les différentes voies qu’ont prises les soeurs face à leur enfance difficile, les événements et le quotidien accumulés qui ont fait d’elles deux filles incapables d’évoluer et d’avancer véritablement, malgré les illusions que se fait Manon. Certes elle a su aller au-delà du décès de ses parents pour se trouver un travail, chanteuse de Western, peut-être même un peu mal-vu, mais elle a n’a pas été capable d’évoluer et d’avancer. Dix ans après, c’est toujours la même profession et toujours le même malaise. Tristesse qui est d’autant plus renforce par les pleurs incessants de Carmen. Cette femme plongée dans un passé quand bien elle traverse les plus belles années de sa jeunesse refuse de s’ouvrir et préfère se référer à un passé qui n’existe plus. Sa position agenouillée, similaire à la prière ou à une confession ajoute a cela une connotation chrétienne, de péché original, renforce par la mise en place d’un chevet de confession derrière elle. Sa soeur est au contraire assise sur un tabouret, mais un tabouret qui domine toute la scène, bien au-dessus de sa soeur et de ses parents. Cette disposition est peut-être une tentative d’illustrer sa dominance et la position figée dans laquelle elle se trouve. Les parents quand a eux se trouvent dans deux positions assises bien différentes. Le père, sur une chaise de cuisine ou autre, à côté d’une table, prêt à taper son poignet au moindre énervement et la mère, plongée dans son refuge qu’est le tricotage sur un canapé, bien éloignée de son mari. La famille se trouve ainsi aux quatre coins de la scène, très loin les uns des autres reflétant l’absence de convivialité et d’amour quelconque.

La scène connait en arrière-plan un dispositif de video-projecteur qui reflètera, en scène d’exposition et en scène finale, une cuisine banale pour ensuite entamer des reflets abstraits de dégradés bleus, blancs etc avec parfois des images de la croix crucifiée. Des symboles caches voulant peut-être montrer la fatalité du sort des parents dont la seule issue serait la mort ou un sens cache illustrant la lourde ambiance de la scène, la pesanteur, l’ambiguité… à voir ici aussi. Les lumières et la musique donneront également cet effet la dans la pièce, avec des couleurs contrastes pour montrer les différentes générations, mettre en valeur un personnage en particulier et une musique de fond laissant des bruits de fond pour compléter cette ambiance proche de l’oppression et de la tragédie, bien que ces termes soient un peu exagérés dans ce contexte.

J’espère donc que ma lettre t’a convaincu. Tu me raconteras ton expérience au plus vite je l’espère,

Clémence

 

Les Enfants de MaDaiFu

Vous désirez soutenir notre projet?

La troupe des Lanternes, en parallèle de sa vocation théâtrale,soutient des projets caritatifs en Chine.

Chaque année, l'objectif est de reverser le maximum de dons à l'association Les Enfants de Madaifu.

Soutenez notre projet!

Aidez-nous à faire de ce spectacle un évènement mémorable pour les Enfants de Madaifu!

madaifu

Réservez en ligne!

(Vous recevrez une confirmation par email)